Tous les Dieux du Ciel

Le film se voudrait être provocateur mais il finit par aligner les clichés, les moqueries et des scènes gratuitement choquantes pour essayer de faire genre... alors que le propos initial, très bien traité, aurait pu suffire.

  • De : Quarxx

  • Scénario : Quarxx

  • Avec : Jean-Luc Couchard / Mélanie Gaydos / Thierry Frémont...

  • Musiques : Kevin Simon

  • Production : To Be Continued / Tobina Films

  • Distribution : To Be Continued

  • Sortie : 2019

Simon (Jean-Luc Couchard) vit dans une maison isolée en pleine campagne. Il s'y occupe de sa sœur, Estelle (Melanie Gaydos), lourdement handicapée vivant enfermée dans sa chambre. Simon évite les suivis médicaux, évite l'assistance sociale, il aimerait aussi éviter le travail... Mais il est persuadé que tout cela se terminera bientôt et que lui et sa sœur finiront par être sauvés par des extra-terrestres qui sont rentrés en contact avec lui 25 ans auparavant grâce aux ondes radio.

Tous les Dieux du Ciel est un "film de genre français", terme-valise qui finalement ne veut dire pas grand chose, d'autant plus que nous le savons pertinemment, le cinéma bis n'est plus une grande spécialité française. Ce ne sont pas les idées qui manquent ni même la volonté, d'ailleurs le film de Quarxx en est la preuve mais comparé à nos homologues suédois, espagnols, américains ou japonais, ces films n'arrivent pas à sorti du carcan imposé par le cinéma d'auteurs français.

En soit, Tous les Dieux du Ciel pourrait sortir du lot grâce à son histoire centrale qui repose sur deux arcs narratifs intimement liés : celui de Simon qui voyant le moment tant attendu s'approcher s'isole de plus en plus, et celui d'Estelle qui subit cet handicap ainsi que les dérives de son frère. Si le premier manque gravement de subtilité, le second est merveilleux. Ce que vit Estelle est infâme, on souffre pour elle et on passe aussi de jolis moments notamment lorsqu'elle se fait maquiller par la voisine de 9 ans, Zoé (Zélie Rixhon) - passage très malin en terme de réalisation. Cette histoire passe ainsi par des moments véritablement perturbants qui viennent à nous faire réfléchir sur le handicap et le regard qu'on porte dessus.

Malheureusement, ses deux histoires intimement liées sont entourées par des scènes et des personnages grotesques. Ainsi, Quarxx tombe dans tous les travers du cinéma de genre à la française ; son scénario se veut être irrévérencieux, il s'avère être choquant ou, au mieux, gratuit comme si c'était une caution de crédibilité ou de maturité. Ainsi, on se retrouve avec une gamine de 9 ans hyper-sexualisée avec des clopes au bec, on parle d'inceste dans une scène qui se veut clef mais qui ne sert à rien dans l'évolution de l'histoire, il y a du nu frontal pour faire mature mais, avouons que le corps nu d'une femme dans la brouette arrive à être sexualisé. Et puis, il y a la scène avec les enfants qui se bagarrent pour toucher l'arme à feu de leur père et qui s'amusent à jouer à la roulette russe. Quarxx préfère être choquant tombant dans une gratuité débile plutôt que de trouver un événement plus subtile qui aurait pu arriver au même sentiment de culpabilité de la part du personnage joué par Couchard. Cette surenchère gâche réellement le film, d'autant plus que les scènes avec Estelle sont très matures et traitées de bien plus belle manière. Du coup, je ne comprends pas l'intention de l'auteur.

Certainement que Quarxx a le même syndrome que le reste des cinéastes de genre en France, celui de rajouter des éléments parasites en espérant parfaire son histoire au détriment de l'efficacité. En tout cas, dans le cas de ce film, cela m'a sorti du récit par moments, rouspétant parfois sur mon siège.

L'autre problème inhérent à ce cinéma en France est l'écriture des personnages. Ils sont soitt creux - voire mièvre, soit gratuitement agressifs. Du docteur au gigolo, ils ont cette tendance à être désagréables sans la moindre nuance. Cela aurait pu être un parti pris de l'auteur, nous montrant cela du point de vue de Simon mais ce dernier a le droit au même traitement, sauf que Jean-Luc Couchard semble plus vivre son personnage que d'autres acteurs ou actrices lui apportant un léger relief.

Mais, ce qui m'a le plus dérangé est l'intention, pourtant honorable, de montrer les gens de la campagne profonde; il semblerait que Quarxx voulait mettre un coup de projecteur sur ces figures oubliées, sauf que le réalisateur/scénariste a un regard condescendant à leur égard : fans de Johnny, désagréables - voire hostiles, bêtes, racistes et pédophiles, voilà ce qui semble définir la France profonde selon l'auteur. Dans la salle, les gens qui riaient semblait d'avantage se moquer que d'être touchés parce que le film dresse un portrait détestable et moqueur de ces gens. Cela donne des scènes grotesques avec un café qui ne propose que de la bière avec comme seul décor un poster de Johnny ou une scène entre deux paysans balançant des propos frontistes et sexistes sans apporter aucune nuance. Là, encore, il s'agit d'éléments parasites qui, en plus de sortir du film, cassent le rythme et n'apportent absolument rien à l'intrigue ni à l'univers du film.

Du coup, je ne sais pas trop quoi penser de Tous les Dieux du Ciel parce que ce que le long métrage réussit est franchement excellent, mais les problèmes inhérents aux films de genre français (personnages creux, scènes outrancières sans saveur...) et les maladresses du réalisateur gâchent réellement le tout.

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