Films préférés de la décennie

Une décennie s'achève. C'est donc un bon prétexte afin de dresser le bilan de tout ce qu'on a pu lire, voir et écouter ces dix dernières années ainsi que de rattraper tout ce qu'on a pu rater tout ce temps-là.

C'est pourquoi j'ai décidé de lister les 20 films qui m'ont le plus plu durant cette décennie. Dix ans durant lesquelles, il y a eu un paquet de films que j'ai adorés notamment grâce au déluge de films de super-héros mais les films listés ci-dessous sont ceux qui m'ont le plus marqué.


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Mandy

Panos Cosmatos • 2018

Le deuxième film de Panos Cosmatos est une oeuvre graphique et sonore avant tout. Le réalisateur italien s'inspire de l'imagerie du metal du début des années 80 afin de mettre en scène l'histoire d'un couple heureux vivant dans une maison isolée dans une forêt dont le quotidien va être bouleversé par un chef de secte qui n'est pas sans rappeler Charles Manson. Si Nicolas Gage campe un homme aimant et attentionné dans la première partie du film, il devient le bras de la vengeance dans la troisième prétexte à des scènes gores hommages aux films d'action des années 80. C'est parfois jouissivement stupide, parfois contemplatif, parfois hystérique tel un trip sous LSD. La musique qui accompagne l'action se transforme petit à petit se métamorphosant du rock progressif le plus innocent qui soit à du sludge sombre et inquiétant. Je n'ai pas tout aimé dans ce film mais le délire audiovisuel est l'un des plus intéressants de la décennie.

19//

Thor Ragnarok

Taika Waititi • 2017

La production hollywoodienne de cette décennie a été marquée par les films de super-héros (au masculin) donnant l'impression d'un paysage cinématographique très fade. Clairement, les plus grands studios s'essaient à mettre des supers dans de nombreuses grosses productions jusqu'à revisiter - voire défigurer - certaines licences comme Robocop ou Fast and Furious. Il faut dire que Marvel Studios, écurie appartenant au géant Disney, a su capter toute l'attention du public avec ses films de super-héros (au masculin). Depuis, on en bouffe à toutes les sauces même dans les pubs pour le PQ. Moi, j'aime les super-héros... Je les aime - et je les préfère surtout - dans leurs aventures de papier souvent moins lisses et plus inspirées que ce que nous pouvons voir dans les séries TV et les films adaptant leurs aventures. Il ne reste que chez Marvel, les équipes créatives arrivent à mixer à la recette devenue un nouveau standard hollywoodien adapter des genres cinématographiques pour leur mettre l'étiquette "super-héros". Ça marche très souvent et j'ai apprécié nombreux de leurs films (tu peux retrouver les critiques , si ça t'intéresse). Mais, si je ne devais qu'en retenir un, ce n'est pas Avengers qui est déjà devenu un de mes films classiques préférés de geek mais plutôt le film de Taika Waititi sorti en 2017 qui propose un mélange entre drame shakespearien, comédie loufoque, space opera, et film de gladiateur. La mise en image est irréprochable avec des scènes graphiques magnifiques, et un sens du rythme et de la comédie vraiment maîtrisés.

18//

The Endless

Aaron Scott Moorhead & Justin Benson • 2018

Découvert lors l'édition 2017 du PIFFF, le Paris International Fantastic Film Festival, The Endless m'avait foutu une claque. Il s'agit du quatrième film indé de Aaron Scott Moorhead et Justin Benson qui interprètent les rôles principaux de film très inspiré de Lovecraft - dans le bon sens du terme. Il s'agit de l'histoire de deux hommes qui se sont échappés d'une secte suicidaire mais, après avoir reçu une lettre de l'un des membres de leur ancienne "famille", ils décident d'y retourner. Il y a une ambiance singulière dans ce film avec une approche hyper solide de l'aspect fantastique. Les réalisateurs arrivent à plonger le spectateur ou la spectatrice dans l'angoisse de manière habile tout en installant une certaine sympathie envers les divers protagonistes.

17//

The Social Network

David Fincher • 2010

J'ai longtemps repoussé le visionnage de ce film malgré ma passion pour le cinéma de Fincher. En effet, je n'aime pas les biopics et, j'avoue, regarder celui du co-fondateur de Facebook ne m'intéressait pas du tout. Mais, justement, qu'est-ce qu'un réalisateur comme Fincher avait à raconter à ce sujet ? Et c'est cette question - ainsi que les critiques dithyrambiques - qui m'a poussé à regarder ce film. Clairement, le début du film m'a plutôt conforté dans l'idée que je n'avais rien à foutre de cette histoire, Zuckerberg est un connard imbus de lui-même mais, très rapidement, les enjeux commerciaux et les frictions en interne m'ont séduit. C'est un film incroyablement malin avec une réalisation très nerveuse - parfois trop - qui dynamise le récit.

16//

Get Out

Jordan Peele • 2017

Get Out est un film très malin dans presque tout ce qu'il entreprend. Jordan Peele détourne pas mal de choses pour créer un film autant efficace que poignant. Il détourne le film de survie pour aborder un problème sociétal avant de détourner celui-ci pour basculer le récit dans l'horreur la plus glauque. Si on enlève l'introduction trompeuse - mais qui nous plonge dans l'ambiance immédiatement, le film n'est pas loin de la perfection.

15//

Three Billboards

Martin McDonagh • 2017

En partant sur l'histoire d'une femme qui a décidé de dénoncer l'efficacité de la police suite au meurtre et au viol de sa fille, Martin McDonagh va nous faire une chronique de l'Amérique profonde sans jugement. On nous parle de la violence faite aux femmes, de l'indifférence des violences - au sens large - de notre société, de haine, de mépris mais aussi d'amour et d'avancer dans la vie malgré les difficultés. Le film est poignant arrivant à faire cohabiter humour et mélodrame et à capter l'attention de son public. Un film brillant avec des acteurs et actrices formidables, notamment Sam Rockwell qui incarne le salaud de service comme personne.

14//

What We Do in the Shadows

Taika Waititi & Jermaine Clement • 2014

Lorsque l'équipe de Flight of the Conchords décide de faire un film, elle fait ce qu'elle sait si bien faire : un mockumentary soit une comédie qui prend la forme d'un faux documentaire. Ainsi Taika Waititi et Jermaine Clement écrivent, jouent et dirigent un documentaire sur des vampires vivant en colocation. C'est terriblement hilarant avec des moments saugrenus, du gag de situation et des moments gênants, tout ça avec une touche d'émotion bien venue qui donne du relief à l'ensemble. C'est un divertissement d'excellente qualité qui devrait plaire aux fans de vampires mais pas que...

13//

Dernier Train pour Bussan

Sang-ho Yeon • 2016

Les films sur les zombis/infectés sortent à la pelle à tel point que les scénaristes doivent être malins afin de tenter de raconter de nouvelles choses. Malgré de nombreuses tentatives, cela ne fonctionne pas à tous les coups mais Sang-ho Yeon a la bonne idée de placer l'action dans un train en plein début d'infection. Du coup, nous avons le droit à un film qui va à 100 à l'heure avec des situations rudement imaginatives et une tension à couper rendant le visionnage passionnant. Franchement, l'un des meilleurs films du genre depuis longtemps.

12//

Drive

Nicolas Winding Refn • 2011

Le cinéma de Nicolas Winding Refn va toujours là où on ne l'attend pas arrivant à transformer une histoire de vikings en trip sous LSD ou, dans le cas de Drive, faisant de cette histoire de conducteur à tout faire un drame urbain autour d'une histoire de voisinage. On sent de la part du réalisateur la passion de l'automobile dès l'introduction mais Drive n'est pas un film qui s'arrête à ça, il y a une ambiance singulière qui semble s'inspirer du jeu d'acteur de Ryan Gosling - et pas l'inverse. Le film est beau, parfois contemplatif, tout en allant à cent à l'heure passant par une violence singulière qui sert le propos.

11//

Black Swan

Darren Aronofsky • 2011

Alors que certains semblent avoir découvert le harcèlement moral et sexuel envers les femmes avec le mouvement #MeToo notamment dans le show business, Darren Aronofsky nous en parlait six ans auparavant dans son film, Black Swan. Ce n'est pas le premier film à le faire d'ailleurs, mais il est celui qui montre le mieux comment cette pression peut bouffer de l'intérieur et transformer quelqu'un jusqu'à dévoiler la noirceur de son âme à la façon de Kafka. Le réalisateur arrive également à rendre la danse classique très vivante, il dévient un virtuose de la caméra filmant les danseuses et danseurs plutôt de gros plans plutôt que de montrer le ballet dans son ensemble. C'est immersif, puissant et nous rappelle que, parfois, nos luttes pour réussir dans la vie ne sont que futiles.

10//

Mademoiselle

Park Chan-wook • 2016

Après Old Boy, Park Chan-wook n'avait pas su retrouver mon attention c'est un peu pour cela que Mademoiselle m'était passé sous le radar. Mais c'est mon ami Lionel qui a un savoir-faire sans commune mesure pour bien insister (mais sans jamais être lourd) afin de te faire voir ou lire les œuvres qu'il a aimé. Du coup, je me suis laissé tenter sans savoir ce à quoi m'attendre et j'ai pris une bonne baffe avec une histoire rudement bien écrite aux multiples rebondissements. C'est une oeuvre mature - et érotique - qui sait mettre à l'aise quand il le faut.

9//

Spider-Man into the Spider-Verse

Peter Ramsey, Bob Persichetti & Rodney Rothman • 2018

Le film n'a pas le succès commercial qu'il mérite... J'imagine qu'à force de reboots de la licence, le public a peur de devoir subir à nouveau les origines de Peter Parker mais il n'en est rien puisque le héros de ce film d'animation est principalement Miles Morales. Mais, finalement, peu importe parce que le film est avant tout une pépite d'animation mêlant les styles comme jamais. Et cela va même plus loin puisqu'il détourne les codes narratifs de la BD pour créer des effets de style jamais vus au cinéma auparavant. Le film montre que tout n'a pas été fait au cinéma et qu'il est possible de faire un film grand public tout en étant audacieux.

8//

Whiplash

David Chazelle • 2014

David Chazelle s'amuse avec la musique, en tout cas il s'amuse à la mettre en image et, sur ce point, nous atteignons un niveau rarement égalé. Les images défilent au rythme de la musique, ça coupe net, ça relance sur le vif, le rythme devient image, l'image devient rythme. Le film est beau mais il ne repose pas que là-dessus, il est aussi prenant avec la chute infernale d'un jeune homme qui veut devenir le "meilleur des batteurs" détruisant sa vie et son estime de soi afin de tenter de parvenir. La fin est finalement malsaine à mort parce que derrière la réussite, l'homme est mort à l'intérieur.

7//

It Follows

David Robert Mitchell • 2015

Tout comme Get Out, il s'agit d'une revisite d'un genre cinématographique bien connu : le slasher avec un boogeyman bien étrange qui n'arrête pas de suivre sa prochaine victime. David Robert Mitchell détourne les codes modernisant l'ensemble et créant surtout des moments comme la scène dans la piscine publique avec le monstre uniquement pointé du doigt. Le film est malin tout autant qu'il arrive à faire peur sans jump scare, simplement en contextualisant la peur. C'est un film effrayant et incroyablement bien filmé. Mitchell est de toutes façons un réalisateur à surveiller de très près, son Under The Silver Lake a bien failli rentrer dans ce top 20.

6//

Parasite

Bong Joon-ho • 2019

Bong Joon-ho est un cinéaste que j'adore depuis Memories of Murder sorti en 2003. Ce qui m'étonne en revanche c'est que ce qui pourrait bien être son meilleur film à ce jour est une comédie dramatique - avec une touche de thriller. Parasite est un film incroyable autant par son écriture, intrigue comme personnages, que par sa réalisation. Il y a des moments de pur génie en terme de mise en scène arrivant à rendre crédible des scènes de grand guignol. C'est un film (très) drôle et bouleversant.

5//

Her

Spike Jonze • 2014

Spike Jonze part d'une idée malsaine qui aurait pu être le script d'un épisode de Black Mirror. Un homme tombe amoureux d'une Intelligence Artificielle programmée pour lui rendre service. Il s'agit clairement d'un film d'anticipation puisque cela semble être crédible vu comme la technologie commence à s'imposer dans notre vie mais Jonze ne veut pas raconter une histoire alarmiste, le constat est justement pas pessimiste malgré le côté malsain de la relation. Et justement, la magie du film réside là-dessus. D'autant plus que le réalisateur écrit l'une des histoires d'amour les plus passionnantes que j'ai pu voir au cinéma - c'est d'autant plus fort que je n'aime pas ça - profitant de son thème pour créer des moments merveilleux, d'autres gênants et de montrer que notre esprit n'est pas aussi ouvert que ça (notamment en terme de relation poliamoureuse). C'est un film dingue comme seul Jonze en est capable avec une mise en image sublime et deux acteur et actrice, Joaquim Phoenix et Scarlett Johanssonn, absolument parfaites.

4//

Ex_Machina

Alex Garland • 2015

Le film de Alex Garland donne un peu l'impression d'aller sur le même terrain que Her sauf que l'auteur préfère un chemin plus sombre et inquiétant. Isolé dans la maison labyrinthique d'un dirigeant d'une multinationale du web (pensez Google), un de ses employés va devoir faire le test de Turing à une IA. Très inquiétant dès le début du film, nous basculons dans l'horreur psychologique au fur et à mesure avec des secrets inavoués, des pièges qui se referment au fur et à mesure et une métaphore sur la condition de la femme dans notre société très réussie.

3//

Jojo Rabbit

Taika Waititi • 2019

Le film ne sort qu'en janvier en France mais j'ai eu la chance de voir le film en avant-première lors de la séance de clôture du Festival de Film d'histoire 2019. Taika Waititi (oui, encore lui) nous livre un film de gamin bercé par son imaginaire qui l'aide à faire face au monde horrible qui l'entoure. Il faut dire que l'action se situe en Allemagne à la fin de la Seconde Guerre Mondiale. Sauf que le réalisateur néo-zélandais prend à contre-pied ce qui se fait habituellement faisant de l'enfant un nazi en devenir persuadé que son pays fait de grandes choses pour le Monde. Accompagné de son ami imaginaire plutôt inattendu, le gamin, Jojo - incroyablement interprété par Roman Griffin Davis, va retrouver son univers de jeune nazi bouleversé par la découverte qu'il va faire dans les murs de sa maison. C'est une histoire à la fois très drôle et très bouleversante (non, je n'ai pas pleuré pendant les 40 dernières minutes du film, non) avec une fin qui reste encore encrée dans ma mémoire, une fin aussi triste que pleine d'espoir.

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Arrival

Denis Villeneuve • 2016

Denis Villeneuve est un grand metteur en images - son Blade Runner 2049 est magnifique à regarder - mais c'est principalement ce dont on retient de ses films. Ce film est par conséquent visuellement très beau avec un travail sur le minimalisme dans la technologie extra-terrestre fort intéressante. Le travail sonore est lui aussi incroyable. Mais Arrival n'est pas seulement une belle oeuvre audiovisuelle, le réalisateur parvient à mettre en image l'histoire écrite par Eric Heisserer de manière sublime donnant même de la profondeur au texte. Tiré de la nouvelle de L'Histoire de ta vie de Ted Chiang, le film est une allégorie sur le savoir-vivre ensemble et le fonctionnement de notre société avec un travail d'analyse linguistique est rudement intéressant. Le film ne repose pas uniquement sur sa révélation finale, le second - et même le troisième - visionnage ne sont pas moins passionnants.

1//

Gone Girl

David Fincher • 2014

Quel film ! Quelle maîtrise ! D'abord, je préfère maintenant lorsque David Fincher propose une mise en scène sobre, avec peu d'artifice, préférant jouer avec les contrastes et les cadrages pour créer des moments - je pense notamment au discours du personnage joué par Ben Affleck interrompu par la voisine enceinte. Je le trouve meilleur dans cette sobriété que lorsqu'il abuse d'effets de caméra ou de montage. Et, justement la sobriété est de mise dans ce film, autant dans la réalisation que dans la musique de Trent Reznor et Atticus Ross ou dans le jeu d'acteur et d'actrice. L'histoire est quant à elle prenante s'amusant à malmener les personnages tout en malmenant le spectateur ou la spectatrice qui finit par ne plus savoir sur quel pied danser. Il s'agit peut-être même du meilleur film de Fincher à ce jour.

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