Ready Player One

Sur papier, le nouveau film de Steven Spielberg n'avait pas grand chose pour plaire : Ready Player One est l'adaptation d'un livre d'Ernest Cline - qui co-signe le scénario du film - souvent critiqué pour son histoire fade reposant uniquement sur le name dropping de références des années 80. En plus, et il faut l'admettre, Steven Spielberg n'est plus le maître incontesté des films d'aventures, préférant mettre son talent de metteur en scène sur des histoires plus sérieuses. Pourtant, il est difficile de faire la moue à l'idée de voir un univers virtuel prendre forme et vie devant la caméra du réalisateur.

L'histoire nous emmène dans un futur proche dans lequel les gens ont arrêté de croire en la réalité et préfèrent se réfugier dans un monde virtuel nommé l'OASIS. Cet univers accessible seulement via casque à réalité virtuelle est immense, chaque membre peut donner l'apparence qu'il souhaite à son avatar ainsi qu'à son matériel. Ainsi, il peut être possible de voir Ryu de Street Fighter II conduire la moto de Kaneda du film Akira dans un univers basé sur Minecraft[1]. Le créateur de ce monde virtuel, James Halliday (Mark Ryllance), un geek gentil et utopiste, est décédé il y a quelques années de ça mais il a laissé à sa communauté un cadeau : un easter egg (qui n'en est pas un comme on l'entend dans le jeu vidéo) mais pour le trouver il faut obtenir 3 clefs en trouvant des énigmes laissées quelques part dans l'OASIS et en relevant des défis. Celui ou celle qui trouvera cet easter egg héritera alors du contrôle du monde virtuel ainsi que de ses droits d'exploitation. Wade Watts (Tye Sheridan) alias Perzyval dans l'OASIS essaie de remporter le premier défi mais la tâche se complique lorsque la multinationale IOI tente elle aussi de mettre la main sur le trésor et prendre ainsi le contrôle de ce monde virtuel.

L'histoire est donc construite comme un jeu vidéo avec des niveaux variés à la difficulté de plus en plus élevée tout en suivant le schéma du film d'aventure appliquant le schéma du héros aux milles visages de Joseph Campbell. En soit, l'histoire ne prend pas de risque reposant sur des bases solides mais le film de Spielberg a tout de même la qualité d'accélérer le pas rapidement et d'arriver à trouver des astuces pour se renouveler. Je déplore tout de même certaines facilités comme le fait que Wade arrive à oublier pendant au moins 30 minutes son drame familial parce qu'il rencontre sa copine en réel. Mais, il y a des choix qui sont faits pour conserver un rythme entraînant pendant 2h20. Et ça passe très bien tout le long.

Pourtant, la crainte d'être perdu·e dans un amas de référence de la pop-culture se fait sentir dès les premières minutes. Il y en a partout. Tout le temps. Atteignant la limite du supportable lors de la course frénétique entre véhicules issus de films connus. Mais, on commence à voir et à comprendre que le film ne repose pas sur ses références. Le marketing nous le vend tel quel mais la volonté d'un tel artifice est bel et bien de parler des joueur·eus·s et de tou·te·s rêveurs qui jouent et construisent des mondes dans lesquels ils et elles se plaisent. Spielberg, qui a ce profil se retrouve dans ce monde, profite alors de ce discours meta pour faire un film inspirant pour la prochaine génération de rêveurs et de rêveuses.

En effet, Ready Player One est un film destiné à un public jeune - le logo Amblin en début de film ne trompant pas - mais qui devrait plaire aux plus grands. En revanche, en visant des spectateurs plutôt jeune, les références à la pop-culture me paraissent plutôt dépassées. Alors que la mise en scène et la direction artistique semblent s'adresser à un public d'adolescent•e•s, les noms donnés, les posters et les t-shirts parlent d'avantage aux gens de ma génération. J'ai du mal à croire que les joueurs et joueuses d'OverWatch de 13 ans vont tou•te•s saisir les références à Joy Division ou Devo. Ce décalage est clairement le grand raté du film. Peut-être donnera-t-il envie aux plus jeunes de s'intéresser à ces anciens films ou jeux vidéo mais si le message du film est que la pop-culture est avant tout de la culture, c'est dommage de ne pas mettre plus en avant celle de la génération actuelle.

Quoiqu'il en soit, Ready Player One a été une bonne surprise proposant des personnages attachants, des scènes grandioses, une réalisation technique, de l'action mise en scène avec génie renouant avec la magie qui a fait les succès des films Amblin dans les années 80. À ce sens, il ne faudra pas s'étonner que ce film marque les 7-13 ans de la génération actuelle et de celles à venir.


[1] Cette scène n'est pas dans le film mais aurait très bien pu l'être.[^]

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