Blade Runner 2049

La science-fiction de Philip K. Dick - auteur du roman dont s'inspire librement Blade Runner - a la particularité de montrer les travers de notre société par le biais de métaphores plus ou moins subtiles. Pour arriver à ses fins, il construit un univers riche et intriguant que le lecteur découvre par le biais d'un personnage principal volontairement peu travaillé pour permettre à n'importe qui de se mettre à sa place et de découvrir ce monde au travers des événements du récit qui en étaient les vrais héros. Ces derniers venaient alors ébranler le (ou les) personnage(s), ce qui emmenait le lecteur à se poser des questions autour du thème abordé par le livre.

Le film de Ridley Scott, sorti en 1982, en avait compris le fonctionnement tout en prenant des libertés afin d'adapter l'histoire de Les Androïdes Rêvent-ils de Moutons Électriques ? sur grand écran. Lorsque l'androïde Rachel demandait à Deckard (Harrison Ford) si ce dernier s'était fait passer le test pour vérifier qu'il était humain quelque part, les auteurs du film s'adressent aux spectateurs pour leur demander qui sont-ils pour juger de qui est humain et de qui ne l'est pas.

La suite, confiée au réalisateur canadien Denis Villeneuve, ne garde rien de l'esprit de Dick offrant de la science-fiction en guise de toile de fond en préférant une approche ésotérique. Les questions qui sont posées trouvent réponse au sein même du film créant une sensation de doute artificiel auprès du spectateur afin qu'il reste attentif tout le long des 2h45 que dure le film. Si on s'arrête à l'histoire stricto sensu, Blade Runner 2049 n'est pas une mauvaise suite : elle se détache de son prédécesseur dans son déroulement tout en allant y piocher un élément intéressant afin d'articuler l'enquête de K (Ryan Gosling).

Suite aux événements de Blade Runner, la multinationale Tyrell qui a créé les répliquants - des androïdes issus du génie biologique créés pour remplacer les hommes dans des tâches laborieuses - a fermé. Mais les répliquants ont intégré la société depuis qu'une nouvelle multinationale, la Wallace Corporation, a créé un nouveau modèle de répliquants qui sont cette fois complètement obéissants. Les anciens modèles sont eux condamnés à être chassés par des agents de police formés pour les Blade Runners. K est l'un des leurs. En suivant la piste d'un des androïdes renégats, il fait une découverte intrigante qui secoue sa direction et qui intéresse fortement la Wallace Corporation.

Les premières scènes du film montrent alors que les auteurs - dont Hampton Fancher co-scénariste du premier film - ont envie d'explorer d'autres facettes de l'univers mis en place dans le premier Blade Runner. Le décor change, l'éclairage aussi, mais aussi le fonctionnement des Blade Runners jusqu'à découvrir la première surprise de l'histoire qui va nous ramener dans le monde bien connu du Los Angeles du futur avec ses voitures volantes, ses néons lumineux contrastants avec les murs gris et sombres de la ville.

La critique politique est bien là dans ces instants : le film parle de rejet, de comment les gens se renferment sur eux-mêmes ayant plus envie de parler avec leur ordinateur de compagnie qu'avec de vraies personnes, les néons qui plafonnent le ciel sont des publicités envahissent. Et puis, le film s'égare. La découverte de K devient centrale balayant d'un coup de manchette toutes les réflexions que pouvaient amener le contexte initial. Par la suite, les questions que posent le film deviennent alors toutes rhétoriques.

La solitude du personnage imposée par la société qui l'entoure ne devient donc qu'accessoire. Sa relation avec son hologramme est à prendre au premier degré, on n'a pas besoin d'apprivoiser cette situation qui parait dérangeante sur papier, le film nous l'impose. Elle est surtout un prétexte à une scène de sexe graphiquement immonde - et incroyablement longue - et à un twist scénaristique plutôt facile.

La critique de la société consumériste est une vaste blague lorsqu'on découvre que les publicités illuminant la ville et envahissant l'intimité des gens ne sont en fait que les sponsors du film. Seule Atari ne l'est pas mais il s'agit d'un clin d'œil presque forcé au premier film.

Quant au thème du rejet de la diversité, il est traité d'une bien belle manière en début de film lorsque nous découvrons la maison de Sapper Morton (David Batista). Une autre scène, plus frontale, donne l'impression que ce thème riche - et d'actualité - sera au cœur du film. Finalement, non ! Les auteurs se cantonnent dans le politiquement correct évitant d'être sulfureux ou même de prendre partie. D'ailleurs, il est difficile d'arriver à nous parler, nous spectateurs de 2017, de difficulté d'être accepté dans une société lorsque tous les personnages mis en avant sont blancs et hétéronormés. En plus, l'histoire valse avec l'image de la femme objet créée pour obéir et/ou pour servir les désirs des hommes sans essayer de la remettre en question. Seul le personnage incarné par Robin Wright sort son épingle du jeu.

Comme je l'écrivais ci-dessus, le film finit par ne pas creuser ces sujets de société afin de se pencher sur l'histoire et uniquement l'histoire. Celle-ci est plutôt bien ficelée avec des enjeux clairs et qui maintient son intérêt tout le long. J'ai réellement adoré cette fin mais elle fait suite à 1h30 durant lesquelles j'avais l'impression de subir une métaphore catholique. Même si la réflexion sur la croyance est traitée par le film, elle n'est pas une fatalité ni une solution, elle pousse K à aller de l'avant. A l'image des réflexions faites en début de film finalement, elle devient un accessoire scénaristique.

Le film qui dure presque trois heures s'étale un peu trop par moments sur des choses pas très utiles. Il y a également du remplissage comme tout ce qui concerne l'hologramme qui n'apporte ni réflexion ni profondeur au personnage joué par Gosling. Et, dans le même ordre d'idées, les scènes avec Jared Leto n'étoffent pas l'univers.

Hormis la représentation des diversités, tout cela ne sont pas forcément des défauts d'autant plus que dans son ensemble, le film a une aura grâce à l'humilité qu'il dégage. Villeneuve a une manière de mettre en scène qui rend le tout onirique et magnifiquement simple. À aucun moment, j'ai eu l'impression de regarder un film pédant qui prenait de haut son spectateur. Finalement, j'ai presque l'impression que le principal défaut du film est d'appartenir à la licence Blade Runner imposant au cinéaste des clins d'œil - mais le cinéaste les gère souvent très bien, des scènes d'action souvent inutiles et, surtout, un passif, celui d'une oeuvre qui poussait - parfois trop - le spectateur à se poser des questions et à interpréter ce qu'on lui montre. D'ailleurs, le film aurait tout aussi bien marché s'il n'avait pas été la suite du chef d'œuvre de Ridley Scott et, tout cela, sans ressembler à un vulgaire plagiat.

En revanche, la force de Blade Runner 2049 est sa plastique même si, comme je l'écrivais ci-dessus, la scène de sexe est immonde et les scènes avec l'hologrammes sont assez moyennes. Le reste est assez incroyable et nous fait largement oublier ce défaut. La photographie de Roger Deakins (Skyfall, Sicario, Jarhead) est merveilleuse, il y a des plans magistraux avec des vues sur du vide ou de la brume qui sont plus impressionnantes que celles sur la ville. La mise en scène est bien trouvée même si parfois Villeneuve part du principe que tout est plus beau filmé au ralenti et, certaines scènes prennent trop de temps à l'écran. La direction d'acteurs est également très réussie. Je pense notamment à Carla Juri qui marque franchement le film. Enfin, le sound design est bien pensé accompagnant à merveille l'image. Le son est utilisé intelligemment - encore la scène avec Juri. La musique est un bel hommage au travail de Vangelis même si Hans Zimmer aime mettre les potards du volume à fond dans les films sur lesquels il est crédité. Personnellement, ça me gène beaucoup cette façon de faire, agressant mes chastes oreilles - et pourtant j'écoute de la musique bruyante - mais, il faut le dire, il y a des compositions assez bien pensées qui accompagnent parfaitement l'action à l'écran.

Blade Runner 2049 ne m'a pas déplu mais, à la différence du premier opus réalisé par Ridley Scott, sa réflexion - et son existence même - s'arrête lorsque le générique de fin commence, ce qui en fait à mon sens un bon film mais pas un chef d'œuvre. Et, il est fortement dommage de traiter de tels sujets comme on les aurait traité dans les années 50. En tout cas, côté esthétique, je le trouve bien plus magique que son prédécesseur même s'il est moins novateur.

Commentaires