Thot - Fleuve

Je ne savais pas que les fleuves pouvaient raconter autant de chose et inspirer de la sorte certains d'entre nous. Enfin, il y a bien "Le Beau Danube Bleu" de Strauss mais vu que j'en ai rien à carrer de la musique classique, je ne vais pas le prendre comme exemple. En tout cas, le groupe belge Thot a décidé de rendre hommage à ces cours d'eau dans cet album appelé sobrement Fleuve dont chaque titre porte le nom d'un fleuve à travers le monde : le Rhône, le Rhin, le Bosphore... Il n'y a bien que l'Yonne - le nom d'une rivière - qui déroge à cette règle mais vu qu'il s'agit de l'introduction, nous pouvons nous imaginer que le groupe l'a pensé comme une mise en bouche tel un moyen de se plonger doucement dans le premier fleuve qui compose le disque.

Cette introduction ("Icauna") nous fait naviguer dans des eaux troubles nous menant inéluctablement vers une lumière douce et opaque devenant de plus en plus scintillant alors que le morceau avance. Le courant nous balance alors d'une rive à une rive avant de se déverser dans un élan salvateur dans le fleuve qui nous attend tambours battants. Puis le courant s’apaise et nous contemplons enfin la beauté de "Odra".

Ce genre de moments ponctuent constamment l'album comme l'introduction au piano/voix de "Rhone" se métamorphosant doucement en un énorme tube, la mélodie au haut-bois de "Rhein" s'évanouissant dans une reprise épique, le délire bruitiste de "Duna", ou les 13 minutes qui composent "Bosphore". Fleuve est un album qui apporte plein d'images en tête, qui te berce parfois avec délicatesse parfois avec une violence étrangement confortable.

Thot nous désert un putain de plaisir qui s'étale comme un lit de cours d'eau et qui va inlassablement vers l'avant nous proposant un véritable voyage. Le groupe belge a une maîtrise totale de ses compositions rock ponctuées de sons électro qui savent quand prendre le dessus mais n'oublie jamais de laisser vivre les instrumentistes. Et puis, il y a les deux voix qui apportent chacune une source de chaleur dans ce monde humide - de là à dire que ce disque me fait mouiller, il n'y a qu'un pas. La voix masculine est à la voix solide et fragile. Elle est loin d'être synthétique, elle a des décrochées, elle apporte de l'émotion brute, on entend les respirations et les imperfections mais elles apportent tellement d'humanité dans ces compositions millimètrées qu'elle devient l'âme de chacune d'entre elle. Celle féminine sait être douce et forte quand il le faut, elle est rassurante à tel point qu'elle nous prend par la main pour nous accompagner le long de ce voyage fluvial.

Ce voyage, je le recommande à tous tellement c'est une grosse baffe accompagné de beaucoup de plaisir.

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