Shame - Songs of Praise

On m'a dit "si tu aimes Idles, tu devrais jeter une oreille à Shame". On me l'a répété encore et encore, à tel point que je me suis lancé à la recherche de leur(s) single(s) sur YouTube. En écoutant le dernier en date, "One Rizla", je me suis dit que celles et ceux qui comparent les deux formations ne vont pas plus loin que le fait qu'elles sont toutes les deux anglaises et qu'elles font du rock. Le morceau clippé sonne plutôt comme de la Brit-Pop du début des années 2000, sans l'énergie punk et le plaisir immédiat que procure Brutalism de Idles.

Mais, j'ai tout de même poussé le vice à écouter Songs of Praise, le premier LP de Shame. Je ne cautionne toujours pas la comparaison avec Idles - de toutes façons je ne cautionne que rarement les comparaisons, mais en effet, il y a une énergie et une volonté communes mais, résumer le groupe du Sud de Londres à "ça ressemble à Idles" n'est pas rendre hommage à son talent.

Shame est un groupe très jeune, chaque membre a entre 19 et 20 ans, pourtant il sait faire preuve d'une certaine maturité dans ses compositions en contrôlant sa fougue post-adolescente. La formation ne cherche pas l'efficacité pure et simple - les mélodies accrocheuses se suffisent à elles-mêmes, le quintet préfère étendre ses morceaux quitte à prendre quelques détours afin de continuer à raconter leur histoire comme bon leur semble.

Parce que chaque morceau est une petite histoire que le chanteur nous raconte avec son accent cockney, alternant entre une voix grave et une manière de cracher les paroles presque urgente. Ce n'est pas dans la musique que le groupe de Brit Pop fait la différence mais bel et bien dans sa manière d'aborder la musique osant ne pas toujours offrir des bonbons musicaux qui s'écoutent sans peine et qui procurent du plaisir immédiat.

"Concrete" devient sur la longueur un tube incroyablement prenant pourtant le morceau prend des détours, le groupe s'amusant avec l'alternance des voix pour donner de la folie à l'ensemble, alors que le morceau qui suit "One Rizzla" est justement plus classique, plus immédiat et plus évident. S'en suit, "The Lick" au groove de basse entêtant qui montre une maturité incroyable dans sa manière d'aborder la musique ou, alors, "Donk" dont l'intro ressemble à un hommage non-dissimulé aux Stooges revient à quelque chose de plus énergique, plus instantané.

Cette alternance de tonalité - si j'ose dire - est bien la force du disque de Shame, faisant de la Brit Pop, il peut se permettre de changer à chaque morceau tout en conservant une identité propre. Quant au talent du groupe, il devrait être confirmé ou infirmé sur le prochain album. En tout cas, Songs of Praise est une très bonne surprise.

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