Pissed Jeans - Why Love Now

"Il n'y a que les imbéciles qui ne changent pas d'avis". Ce célèbre dicton est vraiment une excuse débile pour ceux qui ne savent pas tenir une promesse ou pour ceux qui, comme moi, s'avancent trop vite en disant, par exemple, que tel morceau est ignoble alors que quelques semaines après ils l'écoutent en boucle. Je parle bien évidemment de la réception que j'ai réservée à "The Bar Is Low", le premier single de ce nouvel album de Pissed Jeans. Il faut dire qu'entre le léger riff de guitare du début de morceau et les fins de phrase à la The Hives, il est difficile de reconnaître la patte du groupe de Pennsylvanie. Je parle en matière de composition pure, la rythmique de Sean McGuiness, la voix de Matt Korvette et, surtout, la basse ronflante de Randy Huth sont bien là.

Finalement, en écoutant le morceau hors-contexte, il ne m'a pas été évident dans rentrer dans le jeu du groupe. Mais lorsqu'il succède à "Waiting For My Horrible Warning", morceau glauque à souhait durant lequel Korvette alterne gémissements et grognements, "The Bar Is Low" devient salvateur. En tout cas, il n'est pas représentatif de l'ensemble de l'album ; Pissed Jeans ne s'est "hivisé".

Pissed Jeans est le résidu de la vague rock des années 90. Il est crade, il est bruyant, il va droit au but et, malgré ça, il reste très bon ! C'est un peu la sauce au fond du plat dans laquelle on revient régulièrement y tremper son morceau de pain et, lorsqu'il n'y a plus pain on trempe directement les doigts. Chaque album de Pissed Jeans est une pépite, Why Love Now ne déroge pas à la règle. Comme à son habitude, le groupe tente de nouvelles choses et essaie de ne pas répéter des schémas pré-établis. Ici, il pousse même le vice à varier considérablement les ambiances. Comme je l'écrivais ci-dessus, les deux premiers titres sont radicalement différents, ils sont suivis par "Ignorecam" renouant avec les habitudes du groupe, "Love Without Emotion" un gros tube rock à la sauce Pissed Jeans, "(Won't Tell You) My Sign" un délire bruitiste reposant sur les larsens et la fuzz, ou encore "It's Your Knees" au riff de guitare heavy.

L'album s'écoute d'une traite grâce à la qualité des morceaux, à la variété des approches pour chacun d'entre eux et à cette alternance d'ambiances. Cela sans donner l'impression d'écouter une vieille compil' de noise rock puisque le groupe reste lui-même et apporte la cohérence nécessaire afin d'éviter ce piège. En plus, Bradley Fry, à la guitare, relève le tout de ses riffs inspirés et de ses effets accompagnant la batterie punk efficace et la basse bourdonnante jusqu'à la fin.

Impossible de parler de Pissed Jeans sans évoquer les paroles de Korvette qui sont toujours aussi drôles et décalées. Chaque morceau est une petite histoire sur un personnage pathétique. L'album s'ouvre sur celle d'un mec dans la salle d'attente de son médecin qui s'imagine le pire alors qu'il s'est seulement coincé le dos en faisant ses lacets de chaussure le matin même. Mais la palme revient à "I'm A Man", morceau complètement écrit par McGuiness. Il s'agit d'un interlude dynamique avec des spoken words interprétés par l'autrice féministe Lindsay Hunter (Ugly Girls, indisponible en français) interprétant un homme qui demande à sa collègue de travail de le vénérer parce qu'il est un homme. Sincèrement, ce genre de morceau pointant aussi violemment le machisme ambiant de la société fait vraiment plaisir à entendre, surtout dans le rock où la place de la femme reste trop souvent à servir de groupie.

Ajoute à ce torrent de bonne choses une pochette aussi drôle que sublime, et tu obtiens l'un des disques de noise rock marquant de cette année 2017, pourtant ce n'était pas gagné vu le nombre de tueries déjà sorties ou à venir.

Commentaires