KEN mode - Loved

Ce n'est pas étonnant qu'à l'écoute de Loved, la gens se rappellent que le KEN de KEN mode est l'acronyme de "Kill Everyone Now"[1] tellement le disque est hargneux et méchant.

Ne serait que le larsen qui ouvre l'album est une invitation à tout casser.

Le groupe canadien renoue donc avec la violence et l'agressivité après une petite parenthèse plus rock sur le LP Success et le EP Nerve, tous deux produits par Steve Albini. Ce n'est pas pour autant que le groupe de Winnipeg n'entame pas un retour en arrière bête et méchant pour autant avec Loved ; il semble au contraire en avoir retenu de cette expérience une manière de mieux laisser respirer ses morceaux donnant plus de relief qu'à l'époque de Entrench notamment.

Mais, ce ne sont pas ses respirations qui frappe en premier mais bien la brutalité des compositions, comme si elles te sautaient au cou dès la première seconde du disque pour seulement te lâcher au bout de  35 minutes. Et vu que j'ai pris du plaisir tout le long, on pourrait considérer le disque comme un trip SM à base des riffs de guitare incisifs fissurant les tympans, d'une basse anxiogène et de matraquage de fûts.

Il y a de la hargne et de la colère qui s'émane de disque. Même si KEN mode n'a jamais été un groupe "de rigolos", il n'a jamais été autant agressif. Cela ne se ressent pas seulement par la production (très réussie) de Andrew Schneider (Unsane, Cave In…) , ne serait-ce que la manière que Jesse Matthewson, chanteur/guitariste du groupe, crache ses paroles accentue à chaque instant cette violence qui . Il suffit d'écouter l'introduction de "Feathers & Lips", pendant laquelle il donne l'impression de déclarer la bagarre à son pire ennemi avec une fureur sans commune mesure, pour comprendre que les canadiens n'ont pas envie d'être tendres. Je pourrais faire la même remarque concernant les titres des morceaux comme "Doesn't Feel Pain Like He Should", "Small Men" ou "Not Soulmates".

Mais derrière la frappe violente sur les fûts, la basse gonflée à bloc et les riffs assassins, il y a cette manière de composer avec talent des morceaux incroyablement prenants. Comme je l'écrivais plus haut, KEN mode n'hésite plus à décompresser - enfin façon de parler - leurs composition avec un solo de basse ou en ralentissant le rythme sur certains passages.

Aussi, à l'instar des précédents disques, le groupe invite un artiste, ici la saxophoniste Kathryn Kerr, qui les accompagne sur 2 morceaux créant une ambiance particulière sur l'excellent "This is a Love Test" et participant au chaos sonore qu'est le morceau final "No Gentle Art", une véritable bombe à retardement de plus de 8 minutes qui conclut à la perfection cette décharge de violence avec ce qui pourrait être le meilleur morceau de l'année.

Je suis personnellement très content d'entendre que KEN mode arrive toujours à surprendre et à se renouveler après 8 albums, à tel point que je placerais volontiers cet opus dans le panthéon qui renferme les meilleurs disques du groupe. Certes, j'ai été d'abord déçu qu'il ne continue pas dans la lignée de Success, mais j'avoue que cette démonstration de violence faite avec autant d'intelligence et de maîtrise a su me convaincre. Ma plus grande déception restera, je pense, le fait que je n'ai pas réussi à caser un jeu de mots pourri avec Loved.


[1] En référence à "Kill everyone now mode", une expression employée par Henry Rollins pour décrire l'état d'esprit de Black Flag à l'époque de la tournée de My War. [^]

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