La playlist d'un réveillon réussi (ou pas...)

Comment ne pas rater votre sélection musicale pour un réveillon parfait ? Parce qu'on le sait sans musique la fête ne sera que moins bonne. Et puis, on veut toujours que le passage d'une année à une autre soit "parfait". Que nos invités soient contents. Et que l'on passe du bon temps avec nos amis les plus proches. Mais, peu importe toutes nos bonnes intentions, n'oublions pas le facteur alcool qui peut ruiner la soirée. Voici ce qui pourrait bien nous arriver (une fois encore) pendant cette soirée de réveillon.

Les  invités vont arriver. Les bougies sont allumées. L'odeur des petits-fours tout chauds parfument l'appartement. En fond sonore, tu as opté pour le dernier album de Chelsea Wolfe, Pain Is Beauty.

C'est un choix parfait : discret, doux avec cette voix brumeuse et féminine. Un peu élitiste certes, mais cela conviendra à tout le monde. Cela ne perturbera pas les conversations sur les cadeaux de Noël et les allers-retours chez les parents pour Noël. Certainement s'enchaînera des trucs aussi cool et agréables en fonds sonores comme du Warpaint ou Reflektor d'Arcade Fire. Mais plus l'apéro s'avancera, plus rock il sera. Et tu mettras, pourquoi pas, Floating Coffin de Thee Oh Sees.

Tout en engloutissant les toasts que tu as beurré toute l'après-midi, tu regardes soucieux ta playlist : va-t-elle convenir ? La soirée passe. Les bouteilles de bière, de vin ou de mousseux descendent petit à petit. Et la musique commence à devenir plus couillue. Toujours potentiellement accessible à tout le monde mais, bon, les guitares sont plus saturées. L'album qui commence à marquer ton état d'ébriété débutant pourrait très bien être Climax de Beastmilk.

Peut-être avant la fin de l'album mais après celle d'une ou deux bouteilles, quelqu'un te tapera sur l'épaule en te disant : "j'ai envie de danser. Tu n'as pas un truc pour danser dessus ?". Et, ça y est, l'instant est arrivé. Tu es saoul. Non ! Tout le monde dans la pièce est saoul et c'est l'heure de ressortir les tubes des années 80. Un "Just Can't Get Enough" de Depeche Mode, un "Partenaire Particulier" de Partenaire Particulier ou encore un "Girls Just Want To Have Fun" de Cindy Lauper dont le refrain sera chanté à tue-tête.

Et puis, on passera aux années 90. Un peu de Nirvana, d'Offspring ou de Rage Against The Machine. Et puis, il y aura l'instant rap avec "Jump Around" de House Of Pain.

Mais le passage hip-hop sera de courte durée. Quelqu'un se fera un lumbago pendant la session battle que produira le morceau. Et oui, on vieillit... Mais bon, pour combler cette envie de rap, quelqu'un réussira à placer "Le Mia" d'IAM.

La session danse ne s'arrêtera pas là. Forcément, à un moment donné, ce seront les morceaux plus récents qui tomberont sur ta platine. "Crazy In Love" de Beyoncé ou "Rock Your Body" de Justin Timberlake. Si tu danses sur ce morceau et que soudainement tu te retrouves à te lécher l'index puis à te caresser le téton, sache que tu es bourré. Beaucoup. Alors attention, c'est pourtant à ce moment précis qu'il faut que tu sois vigilant. Avec l'alcool, tu peux très bien avoir quelqu'un qui se désinhibe complètement (oui plus que le léchage d'index) et qui finisse par mettre du Lady Gaga, du Daft Punk, du Robin Thinke ou pire encore, du Stromae. La personne qui aura mis ça va certainement se justifier en te disant que "c'est pas si mal que ça". Alors retiens mon conseil : non, c'est aussi mal que ça ! Laisse le dernier morceau qu'il a mis et tu le vires au plus vite de derrière les platines.

Il est clairement l'heure où de nombreuses bouteilles sont vidées (soit dans les verres soit par terre) et heureusement que des gens dans la rue ont crié pour t'avertir qu'il était minuit si personne ne se serait souhaité la bonne année. Là, tout le monde se rend compte que le désert n'a pas été servi. C'est le moment pause. Et c'est le moment idéal pour reprendre ta playlist là où elle était. Le moment idéal... mais l'alcool t'a fait oublier tes bonnes intentions et c'est avec Robocop Kraus que tout commence.

Ces premières notes de synthé te font partir loin. Là, ce n'est plus le fan de rock qui est derrière les platines. C'est le mec accroc au punk, au hardcore, au metal, à la noise... Plus rien ne pourra t'arrêter. Lorsque l'on te demandera un truc plus calme tu mettras du Minor Threat, du Black Flag, du S.O.D. ou du Fugazi que tu chanteras en sing-along avec tes potes avant de mettre un bon vieux "Hangar 18"de Megadeth ou un "Spit" de Sepultura (oui tu feras de l'air-basse au début du morceau).

Bien sûr, tu placeras tes découvertes de l'année. Ou de l'année précédente. Ou celle de l'avant. Enfin, tu ne sais plus trop. T'es trop saoul. T’enchaînera KEN mode, du Deafheaven (mais tu couperas rapidement t'es trop bourré pour apprécier), du Torche. Et ça réveillera en toi tes souvenirs les plus lointains. Lorsque tu découvrais le hardcore. Tu mettras "Twelve Step To Nothing" de Vision Of Disorder, "The Saddest Day" de Converge, "Saint Matthew Returns to the Womb" de Botch ou faire du air-guitar sur "Juggernaut" de Cave-In.

L'alcool sera plus fort que toi à un moment donné. Mais tu luttes vaillamment. Tu vas mettre des choses plus posées, plus lentes mais surtout sombres (un peu comme ce qui se passe dans ton cerveau à ce moment-là) : "Insides" de Soft Moon, "She's Lost Control" de Joy Division, "Biking" de Les Thugs ou "Back in the U.S.S.R." de Crisis.

Après les dernières conversations incohérentes mais qui étaient trop géniales. Tu décides d'aller te coucher. Le lendemain à ton réveil c'est la musique de ton cerveau tapant contre ton crâne pour en sortir que tu entendras. Mais peu importe, même si ça n'est pas passé comme tu l'avais planifié, tu as passé une bonne soirée avec tes amis. Et, c'est ça qui compte le plus.