La fin d'une époque. Notre internet change...

As-tu déjà entendu ou lu le terme "paywall" ? Tu vas voir, il va venir de plus en plus fréquemment. Ce mot désigne la barrière entre le visiteur d'un site et le contenu payant de celui-ci. On retrouve ce genre de procédé principalement sur les sites d'information. Le Monde fait de la sorte depuis des années. Arrêt sur Images et Mediapart le proposent. Plus récemment, Yagg et Gamekult, site d'information LGBT pour le premier, de jeux vidéo pour le second, ont opté pour ce procédé. Le site américain Slate propose également un espace premium avec des articles réservés à ses abonnés. En contre partie, ils assurent proposer du contenu de qualité. Je ne dénigre pas le système. Après tout, s'abonner à un site revient à faire de même que pour un magazine papier ou un journal. Ce n'est pas déconnant.

Mais, cela prouve que les régies publicitaire ne permettent plus aux sites de faire vivre. Il faut dire que la méthode de navigation sur internet a évolué. Les gens n'utilisent plus les flux RSS pour s'informer, ils s'abonnent aux réseaux sociaux. Les publicitaires misent donc sur ces plateformes pour vendre leurs produits. Et puis, il y a le plugin Addblock qui empêche l'affichage des publicités sur les sites internet. Du coup, en passant par Facebook et Twitter qui mettent en avant le "contenu sponsorisé", le publicitaire est certain de placer son produit alors que sur un site internet, il pourrait ne pas apparaître. Enfin, les stars utilisent les réseaux sociaux et elles peuvent promouvoir les produits via les selfies sur Instagram ou les hashtags sur Twitter. Des millions de gens les suivent buvant leurs paroles tel un évangile ou un petit livre rouge.

Face à ces mastodontes, il est difficile de rivaliser et de fidéliser le lectorat, celui qui cliquait sur les bannières publicitaires. En plus, nous voyons la multiplication de sites et l'accroissement de thèmes abordés par d'autres qui font que n'importe quel sujet est abordé mille fois et de la même manière. C'est alors que l'Internet a créé le clickbait, l'appât du clic. La technique consiste à lancer une phrase d'accroche, si possible une question, sur les réseaux sociaux avec un lien vers un article afin de pousser l'utilisateur à cliquer dessus. Plus la question parait stupide, plus tu es sûr que les gens cliqueront. Souvent l'article qui suit est vide ou l'accroche déforme le propos en jouant avec les mots telle une couverture de Voici ou de Gala. Un compte Twitter recense certains de ces articles et les résume en quelques mots.

Autre moyen d'appâter l'internaute, la technique Buzzfeed qui consiste à utiliser des titres comme "Ces 25 pays où il fait bon vivre pour devenir riche surtout le 22 qui a changé la vie de mon chien". Vous noterez que la plus part des champions dans ce domaine sont des sites surfant sur les tendances ne maîtrisant pas les sujets abordés ni les fondamentaux du journalisme et à l'orthographe plus que hasardeuse. Oui, pire que mes écrits. Je vous invite à aller sur Melty.fr pour constater les dégâts.

Même les sites d'information comme 20 minutes, Le Parisien ou L'Obs utilisent cette technique pour appâter l'utilisateur de réseau social. Nous ne nous informons plus, nous consommons l'information comme nous piochons des Dragibus dans un sachet. Et, une fois digéré, il n'en reste rien. L'information n'intéresse plus, il faut de la sensation, des choses croustillantes. Pas le temps, de vérifier l'information, il faut attirer l'internaute et faire du clic. Le journaliste se doit être rentable et, apparemment, la qualité ne paie pas.

En tout cas, le système semble être fructueux puisque ces sites assez peu avares en bannières publicitaires aiment culpabiliser les utilisateurs d'AdBlock en leur rendant responsable d'un contenu chiche, de la précarité des pigistes et de la faim dans le monde. Cette campagne, très sérieuse, vise à nous faire donc désactiver AdBlock. Tel le paywall, un mur numérique se dresse entre le contenu et le visiteur promettant rappelant pourquoi AdBlock est une application venu de l'enfer et promettant une expérience exemplaire. Je l'ai fait sur le Parisien, j'ai tellement été submergé de publicités que j'ai vomi. Il y en a dans tous les sens. Ça clignote et hurle comme devant un bordel à Pigalle. Pour votre hygiène de vie, ne le faites pas. Ne désactivez pas AdBlock. Jamais ! À aucun moment ! De toutes manières, la technique employée par ses sites n'est pas vraiment légale. Ah... mais, attendez, est-ce peut-être ça le Dark Net, la face cachée de l'Internet où traînent les malfrats et où les actions illicites sont nombreuses ?!

En résumé, il est difficile d'exister pour un site intègre même si le traitement de l'information est différent. Mettre un paywall est presque la revendication d'un contenu de qualité interpellant le visiteur pour lui demander de s'arrêter quelques instants. Ce n'est malheureusement pas vrai pour tous les sites proposant ce système (on en connait tous au moins un). Par contre, il est certain que le phénomène va se généraliser et qu'on sera de plus en plus confrontés à des paywalls après avoir vu un titre aguicheur sur un réseau social - ou un flux RSS pour les "vieux" comme moi.

L'ère du tout gratuit sur Internet disparaît laissant place aux abonnements au large contenu. Il suffit de voit la guerre entre plateformes de streaming afin d'avoir tel ou tel artiste et des offres illimités peu onéreuses, parfait pour écouter ses groupes indépendants préférés sur Deezer ou Spotify (*sic*). Il y a la même guerre sur le contenu audiovisuel avec les Services de vidéo à la demande, SVOD, comme Netflix ou Canal Play, permettant en échange de quelques euros par mois de voir des séries télé (et des films décents ailleurs qu'en France). YouTube propose également du contenu payant. D'ailleurs, Google incite même les créateurs de cette plateforme à opter pour cette rémunération. Il ne faudra pas être étonné si, bientôt, des jeunes blogueurs demandent de payer afin d'écouter leur podcast durant lesquels ils fument des joints, boivent du Dr Pepper et mangent des chips tout en s'écoutant parler. Cela existe peut-être d'ailleurs.

L'Internet change. Avant, l'utilisateur avait une influence directe ou indirecte sur le contenu. Bientôt, sa seule implication sera de sortir son porte-feuille en espérant avoir des choses intéressantes à lire, à voir ou à écouter en retour. J'ai bien écrit "en espérant".