Le football et l'uniformisation de la pensée

Je ne vais pas critiquer le football, ni les gens qui sont passionnés par ce sport. Je n'aime pas le foot, mais ce n'est pas pour autant que je me permettrai de juger ceux qui en sont fans.

Mon problème vis à vis de l'Euro ou de la Coupe du Monde (de football oublie-t-on trop souvent de préciser) est que l'on me fait passer - moi n'aimant pas ce sport - pour un extra-terrestre. Il suffit de voir les annonces des matchs à la télé avec des supporteurs qui se tiennent main dans la main ou, plutôt, bras dessus bras dessous - c'est plus viril - chantant leur amour pour leur équipe nationale. Dans ces spots, tout le monde semble aimer cela : le papa poule qui demande le nom des joueurs à son fils, les vielles dames qui se font des teintures aux couleurs du drapeau de leur pays et, même, la femme trentenaire qui sert des pizzas à toute la famille posée devant la télé en demandant le score avec le sourire, celui du bonheur.

Cette image de rassemblement autour d'un événement sportif est pathétique tellement elle représente que peu la réalité. Mais, le foot est le sport le plus populaire et, surtout, celui qui rapporte le plus de fric aux annonceurs. Sans parler des paris sportifs et des groupes financiers qui investissent dans l'événement... Bref, madame peut continuer à servir des pizzas avec le sourire, elle donne encore plus de sous à BNP Paribas et à Total qui nous la mettent bien profond depuis des décennies.

Les enjeux économiques de ce genre d'événements sont colossaux. Tout le monde le sait. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle que la moindre manifestation ou grève est mal perçue par le directeur de l'UEFA et par le gouvernement français à sa botte.

Mais, un événement populaire de la sorte est surtout un bon moyen d'asservir de rassembler le peuple. Quoi de mieux que de voir ces millions de patriotes dans les stades, dans la rue ou devant la télé à oublier leurs soucis grâce au foot !? Ne nous le cachons pas, si François Hollande - comme n'importe quel Président avant lui - est présent dans les gradins et fait la hola à chaque but, ce n'est pas uniquement pour la passion du sport.

Bientôt, les politiques utiliseront les analogies au sport pour rappeler que nous devons rester unis à chaque instant et qu'ensemble nous arriverons à marquer le but de la victoire. Chacun rappelle déjà qu'il est un grand passionné de foot se rabaissant au niveau du français moyen le temps de citer au moins les noms de Platini et de Zizou, avant de rappeler qu'il soutient les Bleus à chaque instant de la compétition. C'est normal... il est français. Et, il passe l'information primordiale, il faut soutenir l'équipe portant les couleurs du drapeau français.

Je vais te l'apprendre peut-être mais, à les entendre, il semble y avoir une loi naturelle qui fait que lorsque tu nais en France, tu es fans des Bleus. À force de les entendre tous en parler comme si c'était inné, je commence à douter de ma nationalité. J'ai fini par vérifier à deux reprises mon passeport, ma carte d'identité et même mon certificat de naissance... Pourtant, je suis bel et bien né en France, d'origine française et, pourtant, j'en ai toujours rien à carrer. Mais à les croire, même si tu n'aimes pas ce sport, tu dois soutenir les joueurs de l'équipe de ton pays. Et, puis, ceux qui préfèrent une autre équipe pour leur façon de jouer ou parce qu'ils ont plus de chance de gagner, je crois qu'on appelle ça des collabo et qu'ils brûleront en enfers.

Et oui, les politiques utilisent le foot pour créer un mouvement de subordination en suivant la logique suivante : aimer le foot c'est soutenir son équipe nationale, c'est être patriotique, c'est aimer son pays. Et, forcément, par extension, c'est aimer les politiques de son pays... enfin, surtout ceux qui partagent la même passion que toi !

C'est la raison pour laquelle un pays investit autant d'argent à un tel événement. C'est la raison pour laquelle, on nous montre à la télé des fans très différents qui s'unissent autour de leur équipe nationale. C'est afin de faire croire que l'événement touche tout le monde et de créer un effet placebo qu'ils nommeront rassemblement national.

Plus cet Euro avance,et plus cela se concrétise. La fête ne doit pas être gâchée par les manifestations ou par les chars avec tous ces homosexuels dessus. Nous avons entendu le Gouvernement parler de la compétition comme un rempart contre le terrorisme afin de montrer que notre pays n'a pas peur, que cela contribue à améliorer le moral des ménages, etc. Bref, il faut maintenir cet engouement pour l'Euro, faire que les français se rassemblent autour de leur équipe préférée - en tout cas celle qui représente leur pays - et, ainsi, récupérer l'événement sportif à des fins politiques et sociales. Comme l'écrit André Leclerc dans son rapport Le sport au service de la vie sociale :

Le sport des sportifs attise bien des convoitises. Sa dimension même le fragilise et son hyper médiatisation peut en faire un instrument d’asservissement des peuples s’il n’appartient plus aux sportifs.

Bien sûr, malgré la "beauté du geste" et les prouesses sportives, vous entendrez les politiciens se récupérer l'événement comme s'ils avaient contribué à la victoire ou, accuser l'autre partie d'être responsable de l'échec.

Non ! Aimer le foot n'est pas naturel. Non ! Supporter l'équipe de son pays n'est pas inné. Et, non, je ne plierais pas face aux festivités et aux cris de joie dans la rue à chaque but afin de ne pas baisser ma garde devant ce plan de communication.

Si vous aimez le foot, continuez à soutenir l'équipe de votre choix. Ceux qui ne supportent pas ce sport, continuez d'en avoir rien à foutre. Vous en serez encore plus libre.

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