Yautja - Songs of Descent

Cela fait des années que le metal ne me fait plus vibrer. Les groupes s'efforcent de rester sur leurs acquis au nom d'une nostalgie rétrograde. Ils s'amusent davantage à compresser leur son afin d'avoir d'un spectre sonore épais et linéaire. Ils gomment la moindre imperfection à coup de Pro-tool. Au final, la technique passe avant la musicalité. Heureusement, ça m'arrive de tomber sur un groupe qui me réconcilie avec le genre et qui n'hésite pas à casser les codes. Yautja est l'un de ses groupes.

En choisissant le nom de la race extra-terrestre du Predator - celui qui fait la peau aux potes de Schwarzy dans la jungle amazonienne, Yaujta nous fait une promesse, celle de proposer de la musique sans concession mais avec la subtilité dont sait faire preuve le chasseur intergalactique. La bonne nouvelle est que le groupe de Nashville réussit à la tenir. À tel point même que Songs of Descent, leur premier LP, pourrait être la bande-originale d'un reportage consacré à la race d'alien dans lequel l'auditeur est la proie.

La musique du groupe est à la fois sombre, inquiétante, sale, angoissante et dangereuse. Dès les premières notes de l'album, le ton est donné. Il y a quelque chose de grave prenant forme d'une procession au pas funeste durant laquelle le groupe amène lentement son auditeur dans son monde sonore avant de le menacer puis de l'attaquer violemment à coups de riffs assassins et de rythmique efficace. L'auditeur sera sur qui-vive pendant les 14 morceaux qui composent l’album. En seulement 37 minutes, le groupe sera parvenu à enchaîner des morceaux bien tranchés avec une cohérence remarquable surtout vu la direction musicale prise.

En effet, Yautja mélange tellement de choses qu'il propose quelque chose de personnel et d'unique. Au jeu des comparaisons, la musique du groupe sonne comme un mélange improbable entre Morbid Angel et Converge qui fait parfois dans le Neurosis ou le Pig Destroyer. Et le pire, c'est que ça marche ! En plus, le groupe se paye le luxe d’avoir des morceaux qui sont des exemples de compositions simples mais audacieuses. La guitare saturée enchaîne les riffs exécutés avec précision. La basse, gonflée à bloc, peut tout aussi bien être compressée ou que plus ronflantes. Quant à la rythmique, elle oscille entre le pesant, le martelage de la caisse claire et les blasts. Elle ose même le tribal par moment. Enfin, le trio s'alterne au chant, l'un finissant la phrase de l'autre, chacun hurlant dans le micro de manière syncopée mais toujours avec une puissance folle. Le tout avec une production qui donne une impression de saleté mais qui colle parfaitement à leur style.

Songs of Descent est une tuerie digne d'un Yautja lâché en pleine forêt amazonienne. La proie, elle, prise d'un syndrome de Stockholm finira par en demander encore et encore.

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