Malaïse - Hearts of Darkness

En 2016, y a-t-il encore à justifier le fait que des groupes puissent vouloir faire du post-punk ? Même si le style musical est né dans les années 70, il n'est pas mort la décennie plus tard. Aucune loi morale ou terrestre n'interdit quiconque de faire du post-punk de nos jours. La preuve, il a connu son heure de gloire dans les années 2000. Jamais autant de personnes n'ont écouté Joy Division et jamais autant de groupes n'ont sorti de disques de post-punk.

Forcément, il y a eu les opportunistes profitant de la vague pour se faire un nom. Ce n'est clairement pas le cas de Malaïse qui est certainement l'un des groupes qui trouve la légitimité de ce choix musical dans la sincérité qui transpire de ses compositions. Le groupe joue "une musique du passé" mais assume complètement ce choix. Il pense ses morceaux comme les précurseurs du genre, il veut bénéficier du même son étouffé et il nous offre le même plaisir.

Le trio, deux tiers lyonnais, un tiers messin, récidive donc après leur premier éponyme. Celui-ci m'avait bien plu à tel point que je le réécoute toujours régulièrement. Forcément, j'étais impatient de découvrir leurs nouvelles compositions. Aux premières écoutes, elles s'avèrent déroutantes ; moins dans l'efficacité, plus dans l'ambiance. Faut dire que le précédent LP était un condensé de tubes, tous aussi plaisants les uns des autres. Je te rassure, les morceaux qui composent Hearts of Darkness sont également de petites pépites du genre faisant mouche dès la première écoute. Mais, ils sont plus denses avec des strates qui s'empilent tout le long. Ils sont aussi plus complexes avec des riffs de guitare qui cassent la répétition rythmique. Mais, surtout, ils diffèrent les uns des autres élargissant le spectre musical avec des morceaux pop ("Home"), d'autres plus punk ("The Screen" aux vocalises ravageuses), certains plus lents ("Gold Teeth"), ou encore plus abstraits ("Terribly Wrong"). Ce qui permet à Ciara, chanteuse-bassiste du groupe, de montrer l'étendue de son talent vocal. Olivier à la batterie et Julien aux guitares ne sont pas en reste. Le premier est plus en retrait que sur le précédent album avec un son plus proche de ce que le genre propose habituellement. Les guitares servent d'habillage de luxe, changeant de sonorité et de texture à chaque morceau.

Le trio s'est bien trouvé et mes oreilles le remercient à chaque seconde de Hearts of Darkness de collaborer ensemble. Et, en septembre 2016, il s'agit du meilleur album de post-punk sorti depuis le début de l'année. A tel point que j'invite les fans des grands groupes du genre - même les plus élitistes - devraient prêter une oreille sur ce disque, ils devraient grandement apprécier.

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