Deftones - White Pony

White Pony, le troisième album de Deftones était très attendu. Surtout qu'en plus de proposer la suite de l'excellent Around The Fur, le groupe avait dit à qui voulait l'entendre que leur album allait surprendre. Autant dire que ce fut le cas. Et, dans le bon sens du terme !

Dans un certain sens, il s'agit là du OK Computer de Deftones, un disque qui impose une base lourde, franchissant les limites de leurs compositions et en utilisant les outils mis à leur disposition en studio (Pro-Tool). Et dès les premières notes, le disque étonne. Le son (faussement) crade et enfermé du premier riff de guitares vient être coupé par une batterie forte, vibrante et claire qui vient étaler toute l'énergie du groupe. Et puis, le premier morceau bénéficie de deux guitares, une lourde et une légère, et de sons électroniques créés par le nouveau membre officiel du groupe, Frank Delgado - qui a déjà joué avec Deftones sur le précédent album et en tournée. La basse est toujours aussi inspirée de Quicksand et propose un son gonflé à bloc et qui sait être rond et laisser respirer la rythmique. Quant à la voix, elle s'amuse à changer de tonalités, de passer du chant au cri dans un dialogue musical très dynamique rappelant à la fois le meilleur du groupe mais aussi que nous nous apprêtons à explorer des terrains que le groupe n'a pas encore défriché.

Et cela n'est que sur "Feiticiera" le premier morceau de l'album. Chaque morceau a sa personnalité, son univers et, le tout dans une cohérence incroyable que le groupe a su imposer à son auditeur. Ainsi, le groupe de Sacramento nous offre le morceau le plus violent de son répertoire avec "Elite" au riff incisif et la surenchère de vocoder transformant la voix de Chino Moreno en celle d'un robot. Ce morceau s'enchaine avec le mid-tempo "RX Queen" à la rythmique organique ponctuée par des beats trip-hop et à la guitare discrète. On passe de morceau qui semble être enregistré live "Street Carp" au sophistiqué "Teenager" au brut "Korea". On effleure même le post-rock sensuel sur "Passenger" sur lequel Maynard James Keenan pose sa voix se mariant parfaitement avec celle de Moreno.

J'ai utilisé le mot sensuel mais les compositions peuvent même être qualifiées d'érotiques. Non seulement par leur thématique mais aussi par leur musicalité. Je parle évidemment de "Change (In The House of Flies)", véritable préliminaire au riffs charnels, à "Knife Prty" qui à la musicalité proche de l'orgasme avec ce break incroyable et à "Digital Bath" qui déshabille tes sens et te serre les tripes comme une jouissance. Enfin, l'album se termine avec "Pink Maggit" qui est à lui tout seul un rapport sexuel mis en musique ; des embrassades timides à l'orgasme salvateur.

Et, comme une bonne partie de jambes en l'air, l'auditeur en redemande !