Deftones - Diamond Eyes

Impossible de parler de Diamond Eyes sans évoquer Eros, l'album qui devait être le sixième opus du groupe. Après les déboires et les conflits sur les 3 albums précédents, Deftones a décidé de travailler main dans la main pour composer leur prochain album. Alors que celui-ci est enregistré, Chi Cheng, alors bassiste du groupe, a un accident de voiture qui le plonge dans le coma. Le groupe décide alors de repousser la sortie de Eros et s'en va en tourner accompagné de Sergio Vega, l'ex-bassiste de Quicksand - l'une des principales influences du groupe. Contractuellement obligé de sortir un disque, le groupe compose un disque qu'il estime optimiste comme un message envoyé à leur ami afin qu'il se réveille de son coma. Un album enregistré dans des conditions live et qui est bouclé en 2 mois.

Ainsi naît Diamond Eyes qui est une grosse baffe pour les fans de longue date. En effet, depuis White Pony, le groupe n'a plus la même aura. Malgré la qualité indéniable des disques précédents - de nombreux groupes aimeraient avoir la discographie du groupe, Deftones a eu tendance à se perdre en mettant trop en avant leurs influences personnelles plutôt que la cohésion du groupe.

Et c'est la chose qui frappe sur ce disque : la cohérence. Deftones offre le meilleur de ce qu'il sait faire en renouant avec leurs influences comme Helmet, Quicksand, The Smiths et Snapcase. Le groupe injecte dans ses compositions une énergie sans limite. Et puis la production laisse respirer les instruments même si on peut regretter la basse trop mise en retrait au profit du mur de son de la guitare 7 cordes de Stephen Carpenter. Ce gros son est compensé par celle plus incisive et, pourtant légère, de Chino Moreno. Frank Delgado prend également de l'importance dans les compositions avec ses nappes de claviers plus présentes mais toujours au profit de la mélodie. Abe Cunningham frappe toujours aussi fort et juste tout en variant les tempos et les plaisirs. Quant à la voix de Moreno, elle prend des proportions inattendues. Son chant très new wave se colle parfaitement aux compositions rock. Et puis, comme d'habitude, il s'amuse avec ses cris inhumains, avec des vocoders et tout simplement à balancer sa rage dans le micro.

Je vais me répéter mais la cohérence qui unifie les morceaux de Diamond Eyes est plaisante. Cela ne veut pas dire que le groupe n'ose pas des choses nouvelles. L'album est tellement éloigné de Saturday Night Wrist ou de Around The Fur qu'il serait idiot de parler de retour aux racines... musicales, tout du moins.

Tout cela se démontre en musique avec "Rocket Skates" à la structure répétitive en 3 étages, avec "Prince" qui est le parfait compromis entre le post-hardcore et la new wave, avec "Risk" au gimmick entêtant de clavier, et avec le magnifique "The Place Is Death" qui conclut l'album en effleurant les limites du post-rock.

Diamond Eyes est une nouvelle jeunesse, une unité retrouvée et le plus bel des hommages que le groupe pouvait faire à leur ami dans le coma.