Deadly Class Tome 1 - Reagan Youth

Je me mets un peu la pression tout seul lorsque je veux parler d'une œuvre qui me plaît énormément. J'ai toujours peur de ne pas trouver les bons mots pour te le décrire convenablement. Dans le cas de Deadly Class, c'est encore plus compliqué. Il s'agit d'une BD qui tient véritablement à cœur parce que, sans l'avoir demandé ni même le savoir, il s'agit de celle que j'ai toujours voulu avoir entre les mains.

Deadly Class est un comicbook résolument punk. Rick Remender a écumé la scène punk/hardcore pendant des années et ça se ressent. Avec le recul de l'homme mûri, il montre ici toute une facette de notre adolescence punk nihiliste motivée par l'autodestruction et les chansons tristes. Je retrouve en Marcus, l'ado stupide que j'ai été et que tu as pu être.

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La série dont le premier tome vient de paraître en France chez Urban Indies n'est pas une autobiographie d'un fan de The Smiths perdu dans les rues de San Francisco à la fin des années 80. En fait, il s'agit de l'histoire de Marcus, un jeune nicaraguayen, qui s'est retrouvé à la rue après la mort de ses parents. Il en veut à la Terre entière de l'injustice dont a été victime ses parents. Mais il en veut surtout à Ronald Reagan, le Président des États-Unis dont la fameuse doctrine aurait, selon le jeune homme, mené à la mort de ses parents.

Vivant en SDF, il rencontre alors Saya, une fille asiatique mystérieuse et rebelle qu'il décide de suivre sans autre raison qu'il la trouve attirante c'est alors qu'il découvre un nouvel univers, celui du lycée King's Dominion qui entraîne ses élèves à devenir des tueurs professionnels. Marcus rejoint alors cette école voyant ici l'opportunité de pouvoir se venger contre Reagan en projetant de le tuer. Le garçon qui a vécu des années seuls va alors se plier aux règles sociales du lycée en tentant de se faire des amis. Une tâche bien compliquée lorsque tous ces personnages ont été maltraités par la vie.

La galerie de personnages qui constitue les amis de Marcus est également bien travaillé. Entre la mystérieuse Saya, le chef de gang Willie bien trop gentil pour endosser ce rôle, Billy et ses problèmes familiaux ou, encore, Maria, fille d'une famille du cartel aussi douce et attachante que mortelle.

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Si le début de la série fait penser à une version de Les Années Collèges punk, très vite l'histoire bascule vers quelque chose d'encore plus rock'n roll animés par des débats sur la sexualité de Morrisey (qui a l'époque où se déroule l'histoire n'avait pas fait son coming-out), sur le hip-hop et sur les hippies fans de Grateful Dead qui peuvent être bien utiles pour trouver de la bonne drogue. Très vite, nous voyons des personnages qui tentent d'oublier qui ils sont - grâce à la drogue - pour avoir la même vie que n'importe quel lycéen américain. Très vite, leur passé et leurs tares les rattrapent et les fout dans la merde, toujours à cause de la drogue.

Deadly Class est génial parce que Rick Remender nous embarque dans son histoire en nous faisant miroiter une sorte de Breakfast Club (impression soufflée grandement par la quatrième de couverture) avec des d'apprentis-assassins mais il nous raconte finalement tout autre chose. Et, ce, sans paraître pour une autobiographie et même en évitant le côté larmoyant facile. En plus d'être drôle et hors-norme, le récit a un rythme incroyable sachant être intense à certains moments et plus posés à d'autres mais un passage de l'un à l'autre toujours très fluide. Remender vient de l'animation et il arrive à retransmettre cette énergie à travers son scénario. L'histoire avance à mille à l'heure sans jamais perdre le lecteur rendant le tout passionnant.

Grosse cerise sur le gâteau, les dessins sont magnifiques. Il ne s'agit pas là de dessins conventionnels des BD américaines. Nous sommes ici dans quelque chose de très graphique avec un découpage original, un trait simple et agréable et de superbe mises en scène. Le dessinateur Wes Craig étonne d'épisode en épisode proposant quelque chose d'assez unique. Le coloriste Lee Loughridge opte lui pour des applats de couleur changeant la colorimétrie de scène en scène. Visuellement, l'ensemble est assez somptueux.

Je terminerai là-dessus, le premier volume de Deadly Class est certes un bijou mais en plus il ne coûte pas cher. En effet, l'album ne coûte que 10€. Il serait tout de même dommage que tu passes à côté.